Depuis 2026, le Passeport de prévention devient un sujet concret pour les employeurs. Son objectif est simple : mieux tracer les formations en santé et sécurité au travail suivies par les salariés, les alternants, les stagiaires et, plus largement, les travailleurs concernés. Pour les entreprises qui accueillent des apprenants en alternance, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie, de la pâtisserie, de la petite enfance, du service à la personne ou du sanitaire-social, ce nouvel outil mérite d’être compris dès maintenant.
Il ne s’agit pas seulement d’une formalité administrative. Le Passeport de prévention invite les employeurs à mieux organiser l’accueil, la formation et le suivi des jeunes ou adultes en formation, en particulier lorsqu’ils découvrent un environnement professionnel exposé à des risques : manutention, gestes répétitifs, hygiène, équipements, contacts avec le public, déplacements, situations d’urgence ou travail en horaires décalés.
Qu’est-ce que le Passeport de prévention ?
Le Passeport de prévention est un service numérique national consacré aux formations en santé et sécurité au travail. Il recense les formations, attestations, certificats et diplômes obtenus dans ce domaine. Il doit permettre aux travailleurs, aux employeurs et aux organismes de formation de mieux suivre les compétences acquises en prévention des risques professionnels.
Le portail officiel du Passeport de prévention précise que le dispositif est déployé progressivement : ouverture aux organismes de formation en 2025, ouverture aux employeurs le 16 mars 2026, puis ouverture aux titulaires le 16 novembre 2026. Cette montée en charge progressive laisse aux entreprises un temps d’adaptation, mais elle suppose de remettre à plat la façon dont les formations santé-sécurité sont identifiées, documentées et suivies.
Pourquoi les alternants sont particulièrement concernés
Un alternant est à la fois apprenant et salarié. Il découvre souvent une organisation, des gestes professionnels, un rythme de travail et des exigences de sécurité qu’il ne maîtrise pas encore entièrement. L’enjeu n’est donc pas uniquement de lui confier des missions : il faut aussi lui donner les repères nécessaires pour travailler sans se mettre en danger, ni mettre en danger les autres.
Dans les domaines couverts par les formations ESSAP, les exemples sont nombreux. En pâtisserie, la prévention concerne les brûlures, les coupures, la station debout, le port de charges, l’utilisation de matériels ou les règles d’hygiène. En hôtellerie et en accueil, elle touche l’ergonomie du poste, les situations de tension avec la clientèle, les déplacements, le travail en soirée ou la gestion d’un incident. Dans la petite enfance, le service à la personne et le sanitaire-social, elle renvoie aux gestes et postures, à l’hygiène, à la prévention des chutes, à la confidentialité, aux situations d’urgence et à la protection des publics vulnérables.
Le Passeport de prévention ne remplace pas l’accompagnement du maître d’apprentissage, l’accueil au poste ou les consignes internes. En revanche, il pousse les entreprises à mieux distinguer ce qui relève d’une simple information de terrain et ce qui correspond à une formation santé-sécurité structurée, attestée et potentiellement déclarable.
Quelles formations doivent être déclarées ?
D’après l’INRS, les formations concernées sont celles qui répondent à un objectif de prévention des risques professionnels ou à l’obligation générale de formation à la sécurité, qui donnent lieu à une attestation ou à un justificatif, et qui permettent d’acquérir des connaissances transférables à d’autres postes exposés à des risques comparables.
Autrement dit, toutes les informations données à un alternant ne sont pas automatiquement à déclarer. Une explication ponctuelle sur l’emplacement d’un extincteur, une consigne orale sur le rangement d’un local ou une démonstration rapide ne relèvent pas nécessairement du Passeport de prévention. En revanche, une formation formalisée en santé-sécurité, avec une attestation ou un justificatif, doit être examinée au regard des critères du dispositif.
Le portail officiel met à disposition un simulateur pour aider les employeurs et organismes de formation à identifier les formations éligibles. C’est un réflexe utile, notamment pour les petites structures qui n’ont pas toujours un service RH dédié.
Ce qui change concrètement pour les employeurs en 2026
Depuis le 16 mars 2026, les employeurs ont accès à leur espace de déclaration. Ils doivent déclarer les formations santé-sécurité qu’ils dispensent en interne, mais aussi vérifier ou compléter certaines données déclarées par les organismes de formation lorsque cela est nécessaire. L’OPCO EP rappelle que les employeurs peuvent ainsi contrôler les informations figurant dans le passeport de leurs salariés et compléter les formations réalisées directement dans l’entreprise.
La période transitoire de 2026 est importante. Jusqu’au 30 septembre 2026, le périmètre de déclaration par les employeurs reste limité aux formations obligatoires encadrées par la réglementation et à celles requises pour des postes nécessitant une autorisation ou une habilitation. À partir du 1er octobre 2026, le dispositif doit s’élargir à toutes les formations entrant dans le champ du Passeport de prévention.
Pour une entreprise qui accueille un alternant, la bonne démarche consiste donc à préparer progressivement ses preuves et ses procédures : qui forme l’alternant ? sur quel sujet ? avec quel support ? quelle attestation est remise ? qui vérifie que la déclaration est faite ? Ces questions peuvent sembler administratives, mais elles rejoignent une réalité très opérationnelle : un alternant bien accueilli est un alternant mieux protégé, plus autonome et plus confiant dans ses gestes professionnels.
Les bons réflexes avant d’accueillir un alternant
Le Passeport de prévention peut être l’occasion de renforcer la qualité de l’intégration en entreprise. Avant l’arrivée d’un alternant, l’employeur peut préparer une liste claire des risques liés au poste, des formations ou sensibilisations nécessaires et des personnes référentes. Cette préparation est particulièrement utile dans les secteurs où le rythme de travail est intense, comme la restauration, l’hôtellerie, les structures d’accueil du jeune enfant ou les établissements sanitaires et sociaux.
- Identifier les risques réels du poste : manutention, produits, matériel, horaires, hygiène, relation avec le public, déplacement, situations d’urgence.
- Distinguer les consignes internes, les temps d’accueil, les tutoriels métier et les formations santé-sécurité formalisées.
- Vérifier si une attestation ou un justificatif est délivré à l’issue de la formation.
- Utiliser le simulateur officiel pour déterminer si la formation doit être renseignée dans le Passeport de prévention.
- Conserver les éléments de preuve : programme, date, durée, identité du formateur, présence, attestation, justificatif de réussite.
- Prévoir un point régulier avec le maître d’apprentissage ou le tuteur pour s’assurer que les consignes sont comprises et appliquées.
Un enjeu de compétences, pas seulement de conformité
Pour les apprenants, le Passeport de prévention peut aussi devenir un outil de valorisation. Une formation santé-sécurité bien identifiée montre qu’un futur professionnel sait évoluer dans un cadre exigeant, respecter des procédures et adopter les bons réflexes. Dans des métiers de service, d’accueil, d’accompagnement ou de production alimentaire, cette dimension compte autant que la technique pure.
Pour les employeurs, l’intérêt est double : mieux répondre aux obligations de prévention et améliorer l’intégration des nouveaux salariés. Un alternant qui comprend les risques, sait demander de l’aide et maîtrise progressivement les gestes adaptés gagne en efficacité. Le tuteur peut alors se concentrer sur l’acquisition des compétences métier, sans négliger le cadre de sécurité indispensable.
C’est aussi un point de vigilance pour les candidats en alternance. Lors d’un entretien, poser des questions sur l’accueil, le tutorat, les formations internes et les consignes de sécurité n’est pas un signe de méfiance. C’est une manière professionnelle de montrer que l’on prend son futur métier au sérieux.
Quel lien avec les formations ESSAP ?
ESSAP accompagne des parcours de formation dans des secteurs où les compétences professionnelles s’acquièrent autant en centre qu’en entreprise : CAP Pâtissier, réception en hôtellerie et hôtellerie de plein air, CAP Accompagnant Éducatif Petite Enfance, Bac Pro ASSP, BTS SP3S ou encore secrétariat assistant médico-administratif.
Dans ces parcours, la prévention des risques ne doit pas être vue comme une matière isolée. Elle fait partie de la posture professionnelle : respecter les protocoles, protéger les personnes accompagnées, utiliser les bons gestes, communiquer une alerte, travailler en équipe et savoir reconnaître une situation à risque. Le Passeport de prévention rend cette dimension plus visible et plus traçable.
À retenir
Le Passeport de prévention 2026 concerne directement les entreprises qui forment, accueillent ou encadrent des alternants. Son intérêt ne se limite pas à la déclaration des formations : il encourage une culture de prévention plus structurée, plus lisible et mieux partagée entre l’employeur, l’organisme de formation et le travailleur.
Pour les employeurs partenaires comme pour les candidats, le bon réflexe est d’anticiper : identifier les risques du poste, formaliser les formations utiles, conserver les justificatifs et intégrer la prévention dans le parcours de montée en compétences. C’est une façon concrète de sécuriser l’alternance et de mieux préparer l’entrée dans le métier.